Roman "De l'avant" (01/2022)

Page couverture

COPY RIGHTS de la Couverture : image issue du tableau « Tablao flamenco IV » de Fabian Perez. Tous les droits de publication de celle ci lui sont réservés : www.fabianperez.com

ISBN : 978-2-9581678-0-6

Les manuscrits

Ce premier roman fut écrit en trois mois, de septembre à décembre 2020, en "écriture automatique"! Comme  vous, j'ai découvert au fil des image,s les vies des protagonistes et leurs aventures, pendant qu'on me  les racontait dans le creux de l'oreille...

Résumé du roman "De l'avant" : 

"A 39 ans, Andy décide de changer de vie en découvrant dans le reflet des vitres du rer, que son visage a les traits de ceux qui l'effrayaient lors de son arrivée à Paris, quinze ans plus tôt. Aidé de son voisin, Rodrigue, quinquagénaire au cœur tendre, il part en Bourgogne chez la mère de celui-ci, pour un séjour qui ne devait durer qu'un week-end mais changera toute sa vie. Arrivent ainsi sur son chemin, d'autres qui, comme lui, se cherchent, et surtout, veulent être dans la vie. Que ce soit Carla, magnétiseuse et danseuse de flamenco, dont Andy tombera éperdument amoureux. Yvonne, la mère de Rodrigue, âgée de 80 ans mais d'une vitalité et d'un amour de vivre inouis. Que ce soit encore la sulfureuse Cassandre, qu'un travail saisonnier mettra sur sa route. Ou encore Manuel, circassien et guitariste de flamenco pour Carla, ou Anna, sensuelle chanteuse slave et flamenca de Carla. Dans ce changement de vie, il découvrira pour la première fois l'amour, l'amitié, le geste désintéressé et pur, et partira à la rencontre de son père, parti alors qu'il n'avait que quelques mois. Ce roman est un roman d'initiation entre Paris, la Bourgogne, et Madrid. Plein de vie, ce roman est rythmé par des danses et des chants flamenco. Et tous les personnages y ont un point commun ; la volonté de goûter à la vie, et d'aller de l'avant !"

Ce livre est également mon témoignage du métier de magnétiseur/médium, de la vie quotidienne du médium, quant à sa faculté de ressentir. Mais c'est également une éloge de l'autonomie, de la force que chacun a en soi sans le savoir.

Retrouvez ci-dessous deux chapitres de ce roman! Bonne lecture à vous! 

Merci à vous :) 

 

 

 

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La version audio du roman est en cours d'enregistrement, lue par moi-même, et sortira en mars. Les deux premières heures d'écoute seront offertes via le site youtube, pour que vous puissiez découvrir le roman avant d'en acheter la suite, si celui ci vous plait :) Pour être informé de leur mise en ligne courant mars sur youtube, abonnez vous à la newsletter depuis la page d'accueil du site!

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PARTIE II, CHAPITRE II : Andy se réveille chez Yvonne, la mère de Rodrigue, après être arrivé dans la nuit et s'y être couché dans le noir. 

Il est 8h, et Andy ne sait pas où il se trouve...

Allongé sur un canapé, sous plusieurs épaisseurs de couvertures, il se réveille lentement au bruit du goutte à goutte d'une cafetière dans la pièce voisine et par sa bonne odeur de café frais. Quelqu'un s'y déplace en traînant ses pantoufles et en parlant aux chiens qui y piétinent également, faisant résonner leurs ongles sur un sol dur. Est-ce de la pierre au sol ?...

Puis Andy entend un petit ronflement et sent un poids chaud et agréable entre lui et le dossier du canapé.

Allongé sur le côté, il bascule lentement sur le dos et s'étire. Dehors, il fait jour. Le soleil se lève et fait entrer sa lumière en passant à travers les fentes d'un volet en bois. Le chien qui dormait à ses côtés s'est assis et baille longuement, lui sourit en gardant la gueule ouverte, la langue pendante.

La bouche sèche, Andy baille lui aussi, s'étire et caresse la tête du petit chien qui entreprend de finir de le réveiller en lui léchant le visage, ses pattes avant posées sur sa poitrine. Andy rit. Le corps du petit chien en frétille de joie.

Andy arriva dans cette maison par une nuit totalement noire... Les réverbères n'éclairaient plus les rues à cette heure-là. Il était 1h du matin. Rodrigue lui fit signe d'être silencieux et le guida avec sa lampe de poche jusqu'à la porte d'entrée d'une vieille maison, puis le fit entrer dans une cuisine où cinq chiens les accueillirent en baillant et s'étirant les pattes avant. En se collant de tout leur poids à leurs jambes pour avoir des caresses, les empêchant d'avancer. Puis, sans plus de cérémonies, ils repartirent à pas lourds se coucher dans différents coins de la cuisine, sur leurs couvertures respectives. Andy suivit Rodrigue, traversa la cuisine et se coucha de suite dans la pièce voisine, le salon visiblement. Sur le canapé, un tas de couvertures l'attendait et sentaient bon le linge séché au grand air.

- Pour demain soir, on te préparera un vrai lit ! Lui chuchota Rodrigue en s'excusant du regard, son sac à l'épaule. Mais tu vas voir, tu seras bien là ! Les chiens ne viendront pas t'embêter.

Et il monta à l'étage sur un discret « Bonne nuit ! » déformé par le bâillement.

Drôle de sensation pour Andy que de ne pas savoir à quoi ressemble le paysage dehors, ni à quoi ressemble l'intérieur de la maison dans laquelle il vient d'arriver... De dormir dans une pièce dont il n'a rien vu, trop fatigué pour en avoir fait le tour avec la lumière de son portable. Mais la fatigue prit le dessus : la curiosité attendrait demain...

Il dormit dans un silence total qui le surprit et le mit mal à l'aise...

Il avait toujours vécu en un appartement avec sa mère, aux abords d'une petite ville de province, d'où il entendait, la nuit, le bruit du passages des voitures, qui s'ajoutait aux bruits venant des appartements voisins... Puis il déménagea à Paris et retrouva ce même environnement, avec plus de bruits encore à l'extérieur. Il ne connaissait que ce fond sonore là... Alors se retrouver soudainement dans une maison, sans voisinage immédiat... Sans bruits de pas, de conversations, de télévision, ou de chasse d'eau nocturne... La maison devait être à l'écart de la route, car aucune voiture ne passa...

Cette nuit-là, il n'entendit que le ronronnement du frigo, la respiration forte et les jappements des chiens, en train de rêver. Leurs ronflements. Aussi bien entouré, Andy se sentit bien et dormit profondément. À quel moment le petit chien le rejoignit, il n'en avait aucune idée...

Ça sent maintenant le café et le pain grillé... Andy entend Rodrigue qui parle d'une voix grave et cassée à sa mère, Yvonne, dans la pièce voisine. Intimidé, il n'ose pas se lever. Rodrigue passe soudain la tête par la porte du salon entr'ouverte.

- Bien dormi mon gars ? Sa voix butte sur le dernier mot et fait dérailler sa question vers les aigus, ce qui les fait rire et tousser en chœur.

- J'ai le gosier sec du vin blanc, pas toi ? Viens boire un coup ! L'invite-t-il du geste.

Debout dans le salon, Andy remet en vitesse ses vêtements et ses chaussures. Vérifie que tout est bien à sa place, sans plis. Il entend des pas se rapprocher de la porte, et reconnaît les bruits de pantoufles qui glissaient sur le sol à petits pas, tout à l'heure. Il finit juste à temps de s'habiller correctement, passant un dernier coup de main sur sa chemise pour enlever le dernier pli, quand la porte finit de s'ouvrir, poussée de l'extérieur. Une petite femme ronde aux yeux clairs et au dos un peu courbé, apparaît. Entourée de ses chiens qui entrent en trombe pour dire bonjour à Andy.

- Bien dormi ?

Yvonne, âgée de quatre-vingt-cinq ans, roule les « r » comme dans les films qu'Andy va voir dans les vieux cinémas du quartier latin.

- Le café est prêt ! Viens-t'en en profiter tant qu' c'est chaud !

Andy lui sourit et la remercie pour son accueil, espère qu'il ne dérange pas trop.

- Ah non, hein, pas d'manières ici ! Elle s'avance vers lui et pose sa main sur le torse d'Andy, levant son regard vers lui. Comment c'est que tu t'appelles, toi ?

- Andy.

- On a tous faim et soif, alors viens donc mon grand ! Nous fais pas attendre ! Lui dit-elle gentiment, mais avec rudesse, tout en roulant les « r ».

Et elle lui prend la main, le guidant vers la cuisine, tout en se cramponnant à lui, le corps raidi par les années. Elle le guide ainsi à petits pas vers la table de cuisine. D'un pas si lent qu'Andy a le temps de regarder chaque objet de la pièce, essayant de faire les plus petites enjambées possibles pour ne pas la devancer, sous le regard moqueur de Rodrigue. Il arrive à une table de petit déjeuner comme il n'en a jamais vue... Il y a des pots de confiture et de gelée sur lesquels le contenu est écrit au feutre bleu, du pain grillé, de la brioche, des fruits, ..

Yvonne le place à côté d'un Rodrigue radieux et gentiment moqueur, ses cheveux gris en bataille.

Ils parlèrent un peu, mais mangèrent surtout.

La brioche est tendre, cuite la veille pour faire plaisir à son fils. La gelée de coings de l'automne dernier leur sucre la bouche avec délice. Le beurre fond sur le pain grillé, encore chaud, à l'abri dans un panier en osier, sous une serviette de table à carreaux. Andy regarde par moments Rodrigue et Yvonne se chamailler gentiment, et repense aux petits déjeuners de son enfance.

Il buvait du café au lait, réchauffé à la casserole, parce que sa mère en buvait déjà depuis 4h du matin. Celle-ci s'en préparait des cafetières entières, dont elle réchauffait ensuite le contenu à la casserole, au fur et à mesure de la journée. Il revoit la table de cuisine nue qui l'accueillait à son réveil. Peu accueillante... Le paquet de gâteaux négligemment jeté au milieu. Des Prince au chocolat. Et sa mère qui, assise face à lui, lui raconte sa nuit sans sommeil, pense déjà aux difficultés qui l'attendent par cette terrifiante nouvelle journée qui commence, fumant cigarette sur cigarette. Cette odeur de tabac froid dans leur maison et dans leur voiture le dégoûta pour toujours de la cigarette. Adulte, il fut incapable de fumer. Sa mère ne déjeunait pas, elle ne pensa donc jamais à acheter du pain ou une viennoiserie pour son fils... En dehors des matins où elle avait des choses importantes à lui annoncer, elle ne passait jamais à la boulangerie pour lui faire plaisir... Andy petit déjeuna ainsi toute son enfance et toute son adolescence, dans la lueur blafarde du petit matin, le goût des gâteaux au chocolat dans la bouche mélangé à l'odeur de la cigarette. Dans une cuisine sans odeurs de cuisine, parfaitement astiquée. Reluisante.

Ces souvenirs rendent la table d'Yvonne d'autant plus éclatante, et Andy mâche maintenant avec délice la brioche qu'elle a faite elle-même, et fait durer le plaisir. La laisse fondre dans sa bouche. Le petit chien, couché sur ses chaussures, lui réchauffe les pieds. Le poêle n'est pas encore allumé dans cette pièce que l'on chauffe uniquement au bois. Il y reste un peu de chaleur de la veille, mais pas tant que ça. Yvonne porte une épaisse robe de chambre sur son pyjama, et Rodrigue a enfilé deux pulls et son écharpe.

Peu habitué par l'accueil qui lui est fait, lui, un parfait étranger, Andy doit prétexter une allergie quelconque pour cacher son émotion et les larmes qui lui viennent. Mais Yvonne comprend de suite et pose sa main sur la sienne. Et lui dit de sa voix de basse :

- Toi, t'es comme mes chiens ! T'as pas eu la vie facile hein ? On va s'occuper de toi, hein mon Rodrigue ? Rodrigue hoche la tête avec force, lui sourit. On a enfin le beau temps ! J'vous demanderais bien de me bêcher le jardin, aujourd'hui, pour que j'y plante enfin les pois et les haricots. Il a plu tout le mois de mars, on n'a rien pu faire encore, pas vrai Rodrigue ?

Andy s'empressa d'accepter, heureux de pouvoir leur être utile en échange de ce week-end de vacances à la campagne.

Et c'est dans la gaieté que la table fut débarrassée, la vaisselle faite par l'un pendant que l'autre passa dans la salle de bains.

Et à 9h30 tout fut prêt.

 

PARTIE II, CHAPITRE XVIII : Carla, magnétiseuse et danseuse de flamenco, rejoint Manuel, son guitariste, au cirque où il travaille. ET ce afin d'entendre chanter Anna, leur nouvelle chanteuse slave, et décider si elle dansera ou non le lendemain, au premier spectacle de la saison. 

Allongée à même le sol, Carla prend une bouffée sur sa cigarette, en souffle la fumée vers le ciel. Puis la rend à Manuel, juste au-dessus d'elle. Sa tête posée sur ses genoux, elle voit le visage de Manuel éclairé par le feu de camp autour duquel toute la troupe a dîné à 21h, après une belle journée de travail. Ils ont répété, vérifié l'état du chapiteau, de ses gradins, du matériel, avant de commencer la saison. Le premier spectacle aura lieu demain soir, samedi. Les braseros ont été installés ; il ne fait pas encore bien chaud le soir, en ce mois de mai.

Carla réajuste la couverture rouge et noire qui lui couvre le haut du corps, et glisse son bras en dessous, bien au chaud. Manuel tient la cigarette entre deux doigts et la lui présente de nouveau, en fronçant les sourcils. Carla secoue la tête et montre qu'elle n'en veut plus.

Merci, c'est bien comme ça.

Manuel en tire une dernière longue bouffée en plissant les yeux, et jette le mégot dans le feu, en soufflant lentement la fumée, la bouche en rond. Regarde Carla, et ferme un œil, joueur. Carla rit et réajuste sa tête sur ses genoux.

Autour d'eux, les circassiens forment de petits groupes autour du feu. Le gérant, Paco, est assis à l'écart. Il a de beaux cheveux frisés grisonnants qui entourent son visage mince et finement marqué par la vie. Il a toujours le sourire, malgré son métier difficile. Il est l'âme de la troupe. Un peu en retrait, il chantonne une mélodie à l'un des musiciens qui tente de la reproduire à la trompette. A côté d'eux, le percussionniste attend, son tambour et ses deux baguettes posés sur ses genoux. Le second guitariste attend lui aussi. Manuel et lui se partagent les morceaux à jouer à la guitare pendant le spectacle. Dans la troupe, chacun joue au moins deux rôles, sans compter celui d’accessoiriste, et va au moins une fois sur scène faire un numéro, même les musiciens. Tout le monde est polyvalent, c'est toute la difficulté de leur métier. Quand Manuel est sur scène, c'est l'autre guitariste qui l'accompagne. Par contre, pour accompagner Carla au flamenco, il n'y a que Manuel qui jouera.

Anna est là, discrète, au coin du feu.

Anna est l'exception. Elle ne fait que chanter, mais cela suffit tant elle y met d'art et de grâce. Ses longs cheveux noirs en bandeaux encadrent son visage d'un blanc nacré. Elle a de longs cils noirs et sa paupière est maquillée de bleu pâle. Ses yeux marrons foncés, couleur cannelle, vous réchauffent le cœur lorsqu'ils se posent sur vous. Anna accompagne tous les numéros du spectacle. Elle sait chanter de tout : des chants berbères, orientaux, des chants des Balkans, … Et toujours avec le même talent. Anna fait à chaque fois pleurer le public lorsque, seule sur scène, elle va chanter un chant d'amour ou de liberté dans une langue étrangère que personne ne comprend, mais dont chacun ressent la sincérité. Anna c’est le joyau de la troupe.

Elle parle peu, toujours seule. Porte de longues jupes de tziganes et de grands châles qui entourent ses épaules ou ses reins, qu’elle a superbes. Lorsqu'elle découvre ses épaules, et dévoile son corsage noir qui met en valeur ses magnifiques épaules rondes, chacun retient son souffle. Et l'admire. Et elle, se laisse admirer, un sourire au coin des lèvres.

Elle est chouchoutée par tout le monde ; avant elle, la troupe n'avait pas de chanteur. Elle arriva dans cette région l'été dernier. Elle vivait dans un camp de gens du voyage depuis peu avec sa famille, dans une ville voisine, et entendit parler d'eux et de l'authenticité de leur cirque. Elle se rendit à l'un de leurs spectacles et alla voir Paco, le gérant, dès l'entracte. Lui demanda de la laisser faire une chanson, seule, avant la fin du spectacle. Fasciné par son aplomb et par sa beauté, Paco accepta de suite et lui indiqua d'aller voir Manuel, le guitariste aux tatouages tribal. Anna indiqua à celui-ci, intrigué, ce qu'il devrait jouer pour l'accompagner. Il n'aurait qu'à la suivre, les accords étaient simples avec juste un changement à faire à la fin. Qu'elle lui indiquerait d'un geste de la main.

Cela fut un vrai triomphe ! Seule, telle une reine frappée de malédiction, celle de porter sa voix à travers le monde sans pouvoir s'y fixer, elle les fascina tous. Pendant le morceau, personne ne se rendit compte de la présence de Manuel, assis à côté d'elle. On ne voyait plus qu'elle.

Et dès le lendemain, elle intégra la troupe et prit sa place dans le petit orchestre dès le spectacle suivant, en improvisant avec brio sur chaque morceau. Puis, avec le temps, ils créèrent un répertoire. Et le bouche à oreille fonctionna, les spectacles affichant complets chaque soir.

Anna sillonnait l'Europe avec ses parents depuis toute petite. Elle ne voulut jamais dire son âge à la troupe, mais elle n'avait pas plus de trente ans d'après eux. Malgré la grande sagesse de son regard, qui en avait déjà vu beaucoup. Très femme, elle allait librement d'un homme à l'autre dans la troupe. Après le repas commun du soir, il suffisait qu'elle enlève son châle à franges, dénudant ses épaules, pour que chacun comprenne qu’elle avait besoin de caresses, d'une nuit d'amour. Assise, elle regardait alors chacun des hommes et cherchait celui qui la regarderait avec le plus de désir. Alors, très simplement, elle marchait vers lui, lentement, en roulant des hanches de façon naturelle, sa longue jupe frôlant le sol, et donnait son châle à l'élu. L'homme se levait et la prenait par la main ou par les hanches, la menait dans sa caravane à lui. Et toute la troupe les regardait partir lentement, au rythme du lent balancement des hanches d'Anna. Silencieuse, elle ne dirait pas un mot et ne se retournerait pas une seule fois.

Et chacun la chouchoutait. Tous avaient peur qu'elle les quitte pendant la nuit. Mais elle était avec eux depuis un an et donnait l'impression d'être l'un d'entre-eux. D'être bien, là, avec eux.

Carla l'aimait, comme les autres. L'adorait. Mais la détestait aussi, d'instinct. Elle savait qu'Anna ne comprenait pas que Manuel soit avec elle depuis deux ans. Elle ne concevait pas l'amour ainsi. Pour elle, deux personnes ne pouvaient pas s’apporter ce qu'il fallait, le cercle était trop restreint. Elle voulait découvrir ce que chacun avait à lui offrir, à lui apprendre. Vivre avec tous des moments de partage et d'intimité, où chacun donnait le meilleur de lui-même.

Un soir, allongée contre Manuel, sa tête sur son épaule, Carla lui demanda si Anna l'avait déjà suivi dans sa caravane.

- Bien sûr que non, guapa ! (1) Lui répondit-il, un peu trop rapidement à son goût.

Elle ne le crut pas... Eut-elle été un homme, elle n'aurait pas résisté au charme d'Anna. Alors Manuel... Elle l'avait rencontré dans ce stage de flamenco où il jouait le rôle du séducteur auprès de chacune des filles du groupe. Et elle savait qu'il était beau, qu'il plaisait beaucoup. Alors, non, elle ne le crut pas...

Manuel lui pianote le front du bout des doigts pour la tirer de ses rêveries et désigne du menton Anna, debout au milieu du cercle, le châle sur les épaules.

Qui les regarde tous deux, et attend.

Carla se redresse et s'assoit, pendant que Manuel attrape sa guitare posée à côté de lui. Et l'accorde à l'oreille, la tête un peu penchée. Anna le regarde en souriant. Puis il lui fait un signe de tête ostentatoire :

À vous ma reine ! 

Et il entame l'introduction. Fait rouler les notes en cascade. Anna leur apprit qu'elle savait aussi chanter le flamenco, et c'est ce soir qu’elle va le leur prouver. Carla décidera alors si elle dansera demain soir, oui ou non.

Assise au chaud sous sa couverture, Carla écoute. Droite, fière, lointaine, Anna regarde vers les étoiles. Écoute Manuel, la bouche entr'ouverte, la main en suspens dans l'air comme pour dire : Écoutez ! 

Puis Manuel prend un rythme régulier. Le compas commence, avec ses temps forts, ses mélodies. Carla l'accompagne discrètement aux palmas. Les fait « sourdes », ses mains en corbeille, pour ne pas gêner Anna.

(1) Bien sûr que non, ma belle !

Celle-ci chante la plainte d'introduction, typique du flamenco, par laquelle le chanteur se met à la bonne tonalité et s'y installe, avant de se lancer dans le chant pur, à gorge déployée. Une plainte que l'on retrouve également dans l'univers du blues. Puis son chant éclate, bouleversant. Superbe. Sans peur, elle chante fort. Y met toute son âme. Carla en oublie de faire les palmas, les mains en suspens dans l'air. Autour du feu de camp, chacun est sous le charme, comme elle.

L’attraction d'Anna est une fois de plus irrésistible, son charme trop fort. Les bouches deviennent sèches... Les regards des hommes comme des femmes brillent de désir, fixés sur Anna qui, seule avec elle-même, les yeux fermés, ne semble pas se rendre compte de leur présence. Elle est toute à son chant. Ce qui la rend belle, c'est cette capacité qu'elle a de se laisser aller sans penser aux autres. De se donner toute entière, sans orgueil ni fausse humilité. Elle sait qui elle est, ce qu'elle sait faire, et elle le fait, simplement. Sans se poser de questions. Un jour, elle expliqua à Carla qu'elle ne voyait pas pourquoi il faudrait s'empêcher de briller dans la vie :

- Si les autres ne brillent pas, s'ils n'osent pas le faire, c'est leur problème ! Si je les gêne, si je les rends mal dans leur peau, itou ! Je ne vais pas faire moins bien pour leur faire plaisir. C'est très français ça, de cacher ses talents pour plaire aux autres. J'ai toujours chanté. Je suis née pour ça, et je le sais. Je ne vais pas m'en empêcher !

Debout à côté du feu de camp, elle chante maintenant longuement. Joue avec les temps, allongeant ou raccourcissant les phrases avec brio. Des murmures d'approbation s'élèvent autour d'elle. Dans un état de grande excitation, les yeux un peu fous, Carla se lève. Laisse tomber l'épaisse couverture à ses pieds. Manuel a le visage grave et la regarde un instant, approuve d'un signe de tête, avant de regarder Anna de nouveau, concentré sur son chant.

Carla se plante devant elle. Détache ses longs cheveux bruns. Met son élastique dans sa poche de jeans et laisse ses cheveux se répandre sur ses épaules. Anna ouvre les yeux. Son regard s'assombrit sous les longs cils noirs. Toutes deux se font face. Malgré son jeans et sa tenue décontractée et peu féminine, Carla en impose par sa beauté naturelle.

- C'est ça ! Dit Paco en se frottant les mains. Ça me plaît!

Et la troupe rit sous cape autour de lui, attend que le duel commence.

Les mains de Carla commencent à danser, tandis que son corps reste en tension, fixe, ses yeux plantés dans ceux d'Anna. Qui attend avant de commencer un nouveau couplet, et laisse Carla danser sur la mélodie de la guitare de Manuel, la coletia (2). Manuel voit avec surprise Carla danser avec plus de féminité que d'habitude, inspirée par le chant et la concurrence d'Anna. D’instinct, elle devient sa rivale par la danse. Et le duel dure une bonne dizaine de minutes où Anna brille pendant ses morceaux de chants, accompagnée par la danse de Carla, qui se veut alors visuelle, pour ne pas concurrencer Anna au niveau sonore. Puis elle danse avec plus d'éclat, de force, et martèle le sol de terre sèche avec ses bottines à talons larges lorsque le chant s'arrête. Régulièrement, toutes deux se font face, semblant s'inviter du regard à faire encore mieux. En sueur, en transe, tous assistent à ce grand moment d'art pur et simple, par ces deux femmes qui n'ont aucune honte d'être féminines, et livrent toute leur grâce. Utilisent la rondeur de leur corps.

Puis, sur un solo de pieds de Carla, dans lequel elle semble se battre et tout donner pour survivre, accompagnée de longues plaintes à gorge déployée par Anna, le tout s'arrête sur une dernière tirade à la guitare, par Manuel.

La troupe se met debout et applaudit à grands cris les deux femmes qui, essoufflées, décoiffées, et en sueur, se font face. Le châle a glissé des épaules d'Anna et montre son épaule gauche. Toutes deux restent ainsi un moment, face à face, les yeux dans les yeux, à reprendre leur souffle. Leurs épaules se relèvent et redescendent. Elles sont essoufflées. Personne ne sait si elles vont s’écorcher vive ou se sauter au cou. La tension monte...

(2) La coletia est une partie de la chorégraphie flamenca durant laquelle le danseur danse sur la guitare uniquement, qui a le premier rôle et fait des mélodies recherchées.

Alors Paco s'approche d'elles et endosse son rôle de M. Loyal :

- Bravo chicas (3)! Sublime ! Demain vous allez faire un tabac !

Et il embrasse l'épaule nue d'Anna et la joue de Carla. Leur ébouriffe les cheveux, jouant au grand-frère.

Alors Anna, lentement, se détend. Un sourire naît sur ses lèvres et s'étire petit à petit. Puis elle sourit franchement à Carla, toujours aussi farouchement plantée devant elle, le visage dur. Elle prend son visage entre ses mains et lentement, approche le sien. L'embrasse légèrement sur les lèvres.

- Toi, je t'aime ! Lui dit-elle de sa voix grave, l'enveloppant de son discret parfum au jasmin.

Ses yeux cannelle la dévorent de désir.

- Demain, je chante pour toi !

Puis elle réajuste son châle, envoie un baiser de la main à tous, sans regarder personne en particulier, et marche lentement vers sa caravane, ses hanches se balançant lascivement. Au passage, elle prend par la main Nico, le second guitariste. La troupe l'acclame tandis qu'Anna l’entraîne à sa suite, superbe. Lui n'en mène pas large, surpris, le rouge aux joues. Tous sont euphoriques.

Le groupe se dissout rapidement, chacun retourne dans sa caravane pour se remettre de ce moment qui fut à la limite du supportable et leur a tendu les nerfs. Qui aurait pu les rendre fous, leur faire perdre toute pudeur... Ça s'était arrêté à temps...

Carla se retrouve seule, face au feu de camp, en nage. Ces cheveux bruns sont collés à son cou, trempés. Elle sent le bras de Manuel glisser sur son ventre, tandis qu'il se colle à elle de tout son corps, derrière elle. Lui embrasse longuement le cou, tenant sa guitare de l'autre main.

- Viens... Lui murmure-t-il.

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